Port Lenn et Port-Navalo

Port Lenn et Port-Navalo

 

  • Nom : plage de Port Lenn
  • Commune : Arzon
  • Longueur : 100 m
  • Granulométrie moyenne : Sable fin/moyen
  • Haut de plage : Arrière plage fortement urbanisé, dune végétalisée basse et réduite

 

 

Après cette belle balade dans le Golfe du Morbihan, nous nous dirigeons de nouveau vers sa sortie pour reprendre le fil de nos visites. Notre prochain arrêt, ou plutôt nos prochains arrêts se situent de part et d’autre de l’entrée de la petite mer. Au programme : deux plages, celles de Port Lenn et de Port Navalo. Elles sont toutes deux situées à l’extrême Ouest de la Presqu’île de Rhuys et éloignées d’à peine 600 m. Pourtant, elles sont différentes par bien des aspects.

Notre première escale se fait sur la plage de Port Lenn, dernière plage de la rive orientale du Golfe que nous croiserons avant notre prochaine destination. Cette petite plage, à la forme légèrement concave, longue d’une centaine de mètres et à la pente faible se situe au fond de la baie de Port-Navalo. Elle offre d’ailleurs une vue imprenable sur le port et sur l’entrée de la petite mer. L’ensemble du haut de la baie est muré, à l’exception de la plage, où persiste un petit cordon végétalisé.

Photo aérienne de la baie et de la plage de Port Lenn (source : LGO 2019)

Beaucoup moins fréquentée que ses voisines, la plage de Port Lenn se trouve pourtant au cœur de la ville de Port-Navalo. Néanmoins, être située dans le Golfe et en fond de baie ne présente pas que des avantages qui sont pourtant nombreux : une eau légèrement plus chaude, de faibles courants et très peu de vagues, qui en font un lieu idéal pour la baignade à marée haute. Seulement, à marée basse, une grande vasière se découvre. Il est donc très difficile de s’y baigner à ces heures-là, faisant ainsi baisser sa fréquentation.

Photo aérienne des corps-morts échoués à marée basse dans la baie de Port Lenn (source : LGO 2019)

Face à la plage de Port-Lenn on peut observer les nombreux corps-morts de Port-Navalo. Ceux-ci sont à l’origine d’intrigants dessins que l’on peut discerner au travers de l’eau, sur les photos aériennes de la baie. Ces cercles plus clairs sont causés par le frottement des chaines des corps-morts sur le fond à marée basse.

Photo aérienne de la baie de Port Lenn et des cercles causés par les corps-morts (source : IGN)

Très mauvais pour la biodiversité, et particulièrement sur les zones d’herbiers, ce phénomène est connu et suivi dans le Golfe, notamment par le Parc Naturel Régional du Golfe du Morbihan (PNR du Golfe du Morbihan). Cependant, les gestionnaires du parc introduisent depuis quelques années un nouveau système (schéma) de corps-morts permettant d’éviter ce frottement néfaste. La baie de Port-Navalo a d’ailleurs fait l’objet de tests de ce nouveau système qui devrait se généraliser dans les années à venir.

Schéma du système de corps-mort testé dans le Golfe du Morbihan (source : LGO 2020)

Il est à présent temps de quitter la tranquille baie de Port Lenn ainsi que le Golfe pour nous rendre sur notre prochain lieu de visite. Nous passons la pointe de Port-Navalo et son phare pour arriver légèrement plus au Sud sur la plage du même nom : la plage de Port-Navalo. Située à environ 600 mètres à vol d’oiseau, celle-ci est longue de 250 mètres et fait face à l’océan Atlantique. Comprise entre deux pointes rocheuses, elle présente un profil intermédiaire et une granulométrie fine.

 

  • Nom : Plage de Port-Navalo
  • Commune : Arzon
  • Longueur : 250 m
  • Granulométrie moyenne : Sable fin
  • Haut de plage : Arrière-plage fortement urbanisé, falaises rocheuses

 

Photo de la plage de Port-Navalo vers l’Ouest (source : LGO 2019)

Malgré la situation géographique rapprochant les deux plages, elles sont différentes de bien des manières : pour commencer, la première se situe à l’intérieur du Golfe tandis que l’autre se trouve côté océan. Le sable de la plage de Port-Navalo y est plus fin qu’à Port Lenn et il est possible de s’y baigner à toute heure. Ces différences d’apparences anodines ainsi que son exposition plein sud, l’abritant des vents d’Ouest, suffisent à faire de la plage de Port Navalo un endroit bien plus fréquenté que la plage de Port Lenn.

Photo aérienne de la plage de Port-Navalo (source : LGO 2019)

Durant la période estivale, de nombreux services sont mis à disposition : aire de jeux pour les enfants, tables de pique-niques, club de plage, etc… La SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer) effectue également un service de surveillance en raison de son exposition à la houle et aux courants. Dernière différence notable : le haut de plage est complétement anthropisé. Il est dans sa plus grande partie constitué de mur et de promenades. Enfin, la plage est directement bordée par un parking souvent saturé en été.

Vous l’aurez compris, le littoral de la commune d’Arzon est, de manière général, très urbanisé. En 2018, une étude sur la vulnérabilité de la commune a été menée par une des membres de l’équipe du LGO. Ses travaux ont révélé une nette augmentation de l’urbanisation sur le territoire depuis 1953, avec une multiplication par six de la surface du bâti. Cette tendance se confirme sur la bande côtière (100 mètres depuis le trait de côte), passant de 2,7 à 12,7 hectares entre 1953 et 2016.

Comparaison de cartes postales anciennes de la plage de Port-Navalo (source : LGO 2018)

D’après cette étude : « Le territoire d’Arzon possède en effet, une concentration d’enjeux humains et matériels sur son littoral qui entraine une forte croissance de la vulnérabilité face aux risques côtiers dit « naturels » (érosion, submersion, etc.). Cette vulnérabilité est cependant exposée à un fort facteur d’aggravation : le changement climatique. Ce dernier, en plus d’avoir des impacts sur la biodiversité, a des répercussions sur l’homme et ses activités. En effet, la conséquence la plus importante de ce changement climatique est l’élévation du niveau des mers qui menace de nombreuses communes littorales. »

Cartes de l’évolution de l’occupation des sols sur la commune d’Arzon de 1953 à 2016 (source : LGO 2018)

Pas d’inquiétude ! Ces différents travaux ont été menés en collaboration avec la commune ainsi que le PNR du Golfe du Morbihan afin d’anticiper le futur du littoral d’Arzon. Ces différentes réflexions ont d’ailleurs conduit le LGO à réaliser d’autres suivis sur ces sites.

De ce fait, en 2019, deux stagiaires du Laboratoire Géosciences Océan ont effectué un stage de recherche sur les deux plages que nous vous présentons aujourd’hui. Pendant l’étude menée en 2018, les deux zones étaient désignées comme site d’études prioritaires. En 2019, l’objectif était de mesurer et caractériser les forces hydrodynamiques en présence (courants, houle et marée) sur chacun des sites puis de comparer les deux plages. Pour cela, plusieurs courantomètres houlographes ont été déployés et un suivi topographique d’une semaine a été effectué. Les résultats de cette étude attestent effectivement d’un hydrodynamisme plus fort au niveau de la plage de Port-Navalo dû à son exposition aux houles de l’Atlantique. En parallèle, les deux plages ont été modélisées en 3D par le LGO grâce à des relevés drone. Ces modèles permettront de suivre leur évolution au cours du temps. Vous pouvez visualiser ces deux modèles ici : Port LennPort-Navalo.

Photo du déploiement d’un courantomètre-houlographe sur la plage de Port-Navalo en 2019 (source : LGO 2019)

Nous terminerons notre visite de la plage de Port-Navalo par un petit cours de géologie, car il est possible d’observer, sur la pointe rocheuse située à l’Ouest de la plage, des migmatites. Ce sont des roches qui résultent d’une anatexie crustale partielle, soit, la fusion partielle de la croûte terrestre à haute température et pression moyenne. Ce sont les témoins d’une collision continentale passée.

Une migmatite est idéalement formée de trois parties :

  • La roche initiale qui n’est pas touchée par la fusion partielle est appelé Paleosome, elle est composée de gneiss en Bretagne Sud
  • La partie qui fond est appelée le Mobilisat, c’est un niveau à gros grains clairs riche en quartz et feldspaths
  • Le résidu de la fusion partielle est appelé le Melanosome, c’est un niveau très foncé riche en mica
Photo d’un affleurement de migmatites à Port-Navalo (source : LGO 2012)

Ce type de roche se forme à des températures de 650 à 800°C pour une pression de 9 kilobar environ. Cela correspond à une profondeur d’environ 40 kilomètres. Ces roches, possèdes un aspect particulier dit « rubanées ». Les trois parties précédemment citées sont alors reconnaissables, donnant un aspect zébré à la roche. N’hésitez pas à aller les observer.

Nous lançons un dernier regard à cet affleurement si particulier avant de reprendre notre route vers l’Est. Cela nous conduira au premier site suivi par l’OCLM depuis 2015. En attendant la suite, n’hésitez pas à commenter et partager vos expériences sur ces deux plages. Vous pouvez également lire ou relire les articles précédents ici.

 

A très vite et n’oubliez pas, Restez chez vous !

L’équipe de l’OCLM

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