Golfe du Morbihan 1ère partie

OCLM   - Observatoire Citoyen du Littoral Morbihannais

Golfe du Morbihan 1ère partie

 

Nous quittons Kervillen à la Trinité-sur-Mer et continuons notre visite un peu plus vers l’Est. A moins de dix kilomètres, nous passons Locmariaquer et arrivons devant l’entrée du Golfe du Morbihan. Nos prochains articles lui seront dédiés. Nous laissons derrière nous le Mor Braz, « grande mer » en breton, en empruntant l’étroit goulet de 900 mètres qui sépare Locmariaquer à l’Ouest et Port Navalo à l’Est pour entrer dans la « petite mer », Mor Bihan.

Photo aérienne de l'entrée du Golfe du Morbihan - vers l'océan (source : LGO 2020)

Le Golfe du Morbihan

  • Nom : Golfe du Morbihan – Mor Bihan en breton, signifiant « Petite Mer »
  • Commune(s) : 18
  • Longueur : 20 km Est-Ouest
  • Largeur : 15 km Nord-Sud
  • Environnement : Mer intérieure parsemée d’îles et d'îlots
  • Particularité(s) : Parc Naturel Régional du Golfe du Morbihan

 

Cette petite mer intérieure, longue de 20 kilomètres d’Est en Ouest et large de 15 kilomètres du Nord au Sud a donné son nom au département du Morbihan. Lieu emblématique de la Bretagne Sud, le Golfe appartient au club « Les plus belles baies du monde ». Mêlant terre et mer, il offre des paysages uniques et changeants sur environ 12 000 hectares. En plus de l’océan, quatre rivières viennent alimenter le Golfe : la rivière d’Auray, la rivière du Vincin, la rivière de Vannes et la rivière de Noyalo. Il regroupe 18 communes et abrite, selon la légende, autant d’îles que de jours dans l’année. En réalité, il compte une quarantaines d’îles dont une trentaine sont aujourd’hui habitées. Très prisé pour la navigation, son histoire, ses paysages, sa faune et sa flore, le Golfe du Morbihan devient en 2014, le 50ème Parc Naturel Régional Français.

Photo aérienne d'une balise verte de l'entrée du Golfe à marée montante (source : LGO 2020)

 

Nous entrons donc dans le Golfe. Heureusement, la mer monte. En effet, l’entrée de la petite mer est connue pour ses forts courants dus à sa morphologie et aux marées. Ces derniers peuvent atteindre des vitesses avoisinant les 9 nœuds, soit 4 mètres par seconde. Ces vitesses sont largement suffisantes pour dévier de gros navires et stopper la progression des moins puissants. Courageux mais prudents, nous nous engageons, poussés par l’océan.

Er Lannic 

  • Nom : Er Lannic - Er Lannig, en breton « petite lande »
  • Longueur : 140 m
  • Largeur : 130 m
  • Nombre d’habitants : 0
  • Particularité : île privée sur laquelle repose une double enceinte de pierres datant du néolithique, classée monument historique, l'île est protégée par un arrêté préfectoral de protection de biotope depuis 1982
Photo aérienne de l'île d'Er Lannic - vers le Nord (source : LGO 2020)
Photo aérienne de l'île d'Er Lannic (source : LGO 2020)

En passant le courant de la Jument, là où les vitesses sont les plus élevées, nous longeons la petite île d’Er Lannic et sa double enceinte mégalithique. Er Lannig, en breton « petite lande », est un petit îlot privé de moins d’un hectare qui se situe sur la commune d’Arzon et dont la gestion est confiée à l’association Bretagne Vivante. Protégée par un arrêté préfectoral de protection de biotope depuis 1982, l’île permet à de nombreuses espèces d’oiseaux de nicher en toute tranquillité. Mais ce qui rend cet îlot si exceptionnel et qui en fait l’un des lieux les plus connus du Golfe, c’est le double cromlech qu’il abrite, découvert en août 1866 par Gustave de Closmadeuc.

Datant du néolithique, ces vestiges apportent de nombreuses informations concernant cette époque dans le Golfe. Les deux enceintes se trouvent sur la face Sud-Est de l’île. L’une d’elles est complètement immergée à marée basse et la seconde l’est de moitié à marée haute. Cette situation témoigne de la remontée du niveau marin, et donc d’un niveau passé beaucoup plus bas d’environ 6 mètres à cette époque, confirmant les différentes thèses à ce sujet. On sait également que les pierres n’ont pas été extraites de l’île et que certaines d’entre elles proviennent de la presqu’île de Rhuys. Cela indique logiquement des capacités de transport importantes. La piste du transport fluvial/maritime est d’ailleurs souvent évoquée. De nombreux outils taillés et des gravures ont aussi été découverts sur l’île. C’est pourquoi ce site est classé monument historique depuis 1889.

Nous quittons les abords de l’intrigante île d’Er Lannic et reprenons le courant de la Jument, l’un des plus fort d’Europe avec celui du Fromveur dans le Finistère et du Raz Blanchard dans la Manche. La navigation dans le Golfe se fait au rythme des courants et des marées, ces dernières étant décalées d’environ deux heures entre la sortie et le fond du Golfe. Vous l’aurez remarqué, marées et courants jouent un rôle important dans le Golfe. Ils le façonnent, régulent son écosystème et les activités qui y prennent place. Toutes ces spécificités ont conduit le Laboratoire Géosciences Océan à mener une campagne de mesure globale de l’hydrodynamisme du Golfe en Février 2019.

 

Mise en place des différents appareils pour la mission Wave Golfe (source : LGO 2019)

La mission « Wave Golfe » avait pour objectif de mesurer en simultané plusieurs paramètres dans différents endroits de la petite mer (vitesse et direction des courants ; hauteur d’eau ; hauteur, direction et période de la houle ; …) afin de déterminer l’influence de la houle entrante dans le Golfe et des ondes résiduelles qui s’y propagent. Pour cela, une douzaine d’appareils (courantomètres et houlographes) ont été déployés en simultané pendant plus de 15 jours (cf. carte ci-dessous), enregistrant ainsi ces paramètres sous différentes conditions : temps calme, agité, petits et forts coefficients. Une partie de ces données est actuellement traitées par des stagiaires du Master IGREC-L de l'Université Bretagne Sud et dévoileront bientôt leurs résultats.

 

Carte de positionnement des différents appareils pendant la mission Wave Golfe (source : LGO 2019)

 

Le courant de la Jument nous pousse un peu plus vers l’intérieur du Golfe et nous conduit directement à notre prochaine visite. Nous débouchons sur une vaste étendue d’eau entre les îles de Berder, de la Jument et de Creïzic. La prochaine étape de cette balade se trouve dans le fond de cette partie du Golfe. Signalé par une cardinale Sud (bouée de signalisation pour la navigation), le banc de Creïzic, mesurant environ 600 mètres de long et principalement constitué de sable, est le plus grand banc de sable du Golfe. Il s’est petit à petit formé sous l’action des courants et des marées. Il crée, à marée basse, une zone peut profonde dangereuse pour la navigation, d’où la présence de signalisation. Les pôles brestois et vannetais du LGO l’ont étudié et modélisé afin de comprendre son évolution et son fonctionnement. Le modèle bathymétrique suivant représente le banc où l’on peut y observer plusieurs dunes sous-marines dont la plupart des crêtes suivent le courant de jusant, indiquant une dominance de la marée descendante dans ce secteur.

Relevé bathymétrique du banc du Creïzic (source : LGO 2010)

Après cette exploration sous-marine, nous repartons en direction du Sud-Est et contournons l’Île aux Moines, la plus grande île du Golfe, pour nous rendre sur l’Île d’Arz, sa voisine. La deuxième île du Golfe, longue et large de 3 kilomètres, abrite environ 250 habitants l’hiver et 2500 en saison estivale. Enez Arh ou An Arzh en breton signifie « l'île de l'ours » ou « île d'Ours ». Un nom qui correspond parfaitement à cette île de caractère. Restés sauvage, les 17 kilomètres de côte de l’île, parsemés de falaises basses, de marais maritimes et de plages, offrent des panoramas exceptionnels sur l’ensemble du Golfe et attirent de nombreuses espèces d’oiseaux marins.

Photo aérienne de l'Île d'Arz - vers le Nord (source : LGO 2019)

Île d’Arz

  • Nom : Île d’Arz - Enez Arh ou An Arzh en breton, signifiant « l'île de l'ours »
  • Longueur : 3 km
  • Largeur : 3 km
  • Nombre d’habitants : 250 en hiver – 2500 en saison estivale
  • Particularité(s) : la commune de l’Île d’Arz est répartie sur 8 îles différentes (l’île principale, Ilur, l'île du Charles, Iluric, Lern, Spiren, Mouchiouse et les îles Drénec)

Aussi appelée « l’Île aux capitaines », l’histoire et le patrimoine de l’île se sont construits autour des générations de marins qu’elle a vu naître. Les maisons de marins et d’officiers de la marine marchande présentes dans les nombreux villages de l’île rappellent cette richesse culturelle.

Nous mettons pied à terre sur la plage de Brouel, située à l’extrême Ouest de l’île. Spot de planches à voiles et de Kitesurfs incontournable, cette plage longue de plus de 500 mètres à la forme concave et à la pente faible présente une particularité physique intéressante. En effet, de nombreuses fois dans l’année, il est possible d’y observer des formations sableuses qui peuvent paraître anodines mais qui ne sont pas là par hasard : des barres et des bâches intertidales. Ces structures particulières se forment sur des plages :

  • A pente faible
  • Riche en sédiments
  • En environnement macrotidal (marnage supérieur à 4 m)
  • Soumises à des vagues à fetch court
  • Par temps calme

Photo aérienne de la plage et de la pointe de Brouel (source : LGO 2019)
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Effectivement, la plage de Brouel réunit beaucoup de ces paramètres : une pente faible, le marnage en Bretagne Sud est macrotidal et elle fait face à une grande étendue d’eau propice à l’établissement du fetch. Cependant, la plage n’est pas très riche en sédiments. De plus, la rythmicité des barres, quand elles sont présentes, leur petite taille (2 à 3 m) et leur espacement régulier laissent présager des mécanismes spécifiques à l’origine de la mise en place des barres et bâches que l'on peut observer sur cette plage, comme sur plusieurs plages de l’île. Les plages de la Falaise, de Rudevent et de Billiherve  présentent les mêmes caractéristiques que celle de Brouel et y voir des barres et bâches n'est pas rare.

Le LGO a émis, il y a plusieurs années, une hypothèse sur la formation de ses barres atypiques, en lien avec l’impact des ondes de houles infragravitaires, en conjonction avec des forts courants de marée. A deux reprises, les scientifiques du LGO ont lancé des suivis topographiques quotidiens et réguliers, associés à un déploiement d’une batterie de courantomètres houlographes, pour "essayer" de capter l’ensemble des paramètres topographiques, sédimentaires et hydrodynamiques lors de la naissance de ces barres atypiques. Malheureusement, les deux tentatives ont échoué, même si les chercheurs ont réussi à démontrer la présence des ondes infragravitaires dans le Golfe du Morbihan. Le mystère de la création des barres et bâches atypiques du Golfe est toujours à élucider... A suivre. 

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Photo aérienne de barres et bâches sur la plage de Brouel en 2013 (source : IGN)

Avant de quitter ce coin de paradis, nous nous arrêtons sur une dernière plage : celle de Penn Raz. Cette petite plage située sur la façade Sud de l’île et abritée des vents d’Ouest est très appréciée des locaux et des plaisanciers de passage. Longue d’une centaine de mètres, elle est comprise entre la roche de Men Plao (dérivé de "Men Plad" pierre plate en breton) à l’Ouest et une cale plus que centenaire à l’Est. Lieu d’un rendez-vous incontournable pendant la Semaine du Golfe où se rassemblent l’ensemble des flottilles, elle offre une vue imprenable sur l’île d’Ilur.

Mais notre intérêt pour cette plage n’est pas là. Au travers de l’OCLM ou du LGO, nous traitons souvent la thématique de l’érosion côtière, tendance plutôt générale pour l’ensemble des côtes Françaises. En ce qui concerne le site de Penn Raz, nous aborderons le thème « inverse » plus rarement évoqué : l’accrétion, . En effet, depuis de nombreuses années, le sable vient s’accumuler dans cette petite zone, la faisant s’élargir au cours du temps, comme peuvent en témoigner les images ci-dessous. La plage s’est donc engraissée vers la mer, mais son niveau de sable a également augmenté verticalement. Cela se traduit par le recouvrement de plusieurs roches visibles par le passé, et à présent complètement enfouies. La construction de la cale, il y a de cela plus d’un siècle, a très probablement entraîné une modification de la circulation des sédiments dans cette baie. Elle joue le rôle d’un épi en bloquant les sédiments poussés par les vents d’Ouest. Néanmoins, cette augmentation du budget sédimentaire de la plage de Penn Raz n’efface pas les problèmes d’érosion du haut de côte causés par les événements extrêmes, comme les tempêtes.

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Carte postale CIM de la plage de Penn Raz dans les années 70 - vers l'Ouest (source : site DELCAMPE.NET)
Photo de la plage de Penn Raz en 2017 (source : Google Map)

 

Après un tel trajet, une halte s’impose. Asseyons-nous quelques instants sur le sable chaud de Penn Raz. Profitons du calme, du bruit des vagues et du mouvement des embarcations typiques du Golfe : guépards et autres plates du Golfe, mouillés dans la baie, avant de reprendre notre route vers la prochaine étape de cette visite. En attendant la suite, n’hésitez pas à commenter et partager vos expériences autour du Golfe. Vous pouvez également lire ou relire les articles précédents ici.

A très vite et n’oubliez pas, Restez chez vous !

L’équipe de l’OCLM